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André Bazin, animateur de ciné-clubs (étudiants et ouvriers)

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Brief description of practices: 

« Peu après 6h30, dans l’après-midi du 14 mai 1945, la 3 CV bringuebalante d’André Bazin pénètre dans la cour des immenses usines Renault à Boulogne-Billancourt, et s’arrête bientôt devant le local de la CGT. Les militants présents l’aident à sortir les cinq lourdes bobines de film posées sur les sièges arrière. Tout le monde se dirige alors vers la salle de projection. Dans une demi-heure commencera la séance consacrée par Bazin au Jour se lève, le film de Marcel Carné, écrit par Jacques Prévert, tourné avec Jean Gabin juste avant la guerre.
 
Ce n’est pas la première fois qu’André Bazin présente Le jour se lève à Paris ou dans se environs. Il s’en est fait une spécialité depuis le mois de décembre précédent, dans une ville encore totalemetn désorganisée, libérée depuis à peine quatre mois. Au grand auditorium de la Maison de la Chimie, rue Saint-Dominique, il a commencé à présenter ce film devant des auditoires de plus en plus larges, composés d’étudiants et d’ouvriers. Puis, à la demande de certains syndicalistes, il entame au printemps 1945 une série de tournées dans les usines de la région parisienne. Le prosélytisme du critique a pour cadre son engagement quotidien dans « Travail et Culture », une association de militantisme culturel fondée lors de la libération de Paris, une sorte de coopérative réunissant des spectateurs de plus en plus avides de théâtre, de cinéma, de voyages, d’expositions, de concerts. Politiquement, elle est de gauche, proche du puissant parti communiste, mais accueille également des militants chrétiens comme Bazin. (…) « Travail et Culture » travaille en étroite collaboration avec « Peuple et Culture », branche de l’association plus axée sur la formation permanente et l’édition. (…)
 
La raison d’être de « Travail et Culture » est de procurer des places de spactacle à ses affiliés, et son ambition prosélyte consiste à convertir toujours davantage de fidèles à la vision des films, à la lecture, au goût du théâtre, à l’amour de la musique. Cette pédagogie repose sur la croyance que l’homme peut devenir meilleur grâce à la culture. André Bazin est l’un des chefs de file de mouvement missionnaire de l’après-guerre. (…)
 
A partir des « Jeunesse cinématographiques », il [Bazin] monte ainsi ciné-club sur ciné-club au sein des réseaux d’associations étudiantes ou des milieux du syndicalisme ouvriers. Car pour Bazin, le cinéma est la pièce maîtresse de la nouvelle « éducation populaire » proposée aux hommes que se relèvent des malheur de la guerre, objectif clairement précisé par les statuts de « Travail et Culture » : « Tous les hommes, fraternellement, doivent pouvoir participer à la vie culturelle de notre pays. »
 
Dans une chambre d’hôtel d’un quartier populaire, un homme en abat un autre d’un coup de révolver. La police vient arrêter le meurtrier, un ouvrier d’habitude paisible mais qui résiste et se défend. Le siège dure une nuit, que François passe à évoquer la simple et douloureuse histoire d’amour qui l’a conduit au meurtre, et le poussa à l’aube au suicide… »  Ainis Bazin commence-t-il sa présentation du Jour se lève à son auditoire, plus de trois cent ouvriers des usines Renault. Elle durera une dizaine de minutes. Sur sa fiche, juste avant le début de la projection, il a noté : « Avant le film, demander au public de porter son attention sur les points suivants : la construction de l’histoire, le décor, la muisque. » Cette fiche, comme celle du Crime de M. Lange de renoir, seront publiées par la revue Doc, et feront longtemps les délices cinéphiles des animateurs de ciné-club.
 
Une fois la lumière revenue, le critique se lance dans un dialogue très précis avec son public. Bazin pose des questions sur la construction, sur les ponctations du film, son décor, sa musique, de telle manière que chaque détail remarqué par la salle trouve une signification formelle dans l’explication, Bazin l’amène progressivement, par enchaînements simples et logiques, en une incessante maïeutique. Loin de le desservir, son léger bégaiement l’aide à mieux écouter puis à mieux discuter : chacun, dans la salle, a l’impression de trouve lui-même les explications qui éclairent sa propre vision du film. L’esprit d’André Bazin, sa logique en action et la force de conviction de ce pédagogue hors pair viennent ainsi de convertir quelques dizaines d’ouvrier à la culture du cinéma. » (p.33 à 36)
 
En 1948, Bazin met en place le ciné-club Objectif 49. Voir fiche distincte…

Period - Year: 
1945

Country: